mardi 21 février 2017

Riposte au fake

Fake news, post vérité.
Les politiques s'inspirent des parodies d'informations, retournements irresponsables qui emportent le rire et la raillerie, qu'ils emmènent sur les voies du discours de pouvoir, en les retournant de manière irresponsable.
Si le fake est un détour par le mensonge pour dévoiler les travers de discours et pratiques en écho à une vérité supposée commune, comme le fait l'ironie, ces discours de pouvoir inscrivent les mensonges dans la place occupée puis laissée vacante par la vérité.
Face à cette pratique, la critique et l'ironie ne sont d'aucun secours. Le recours à la vérité non plus, comme de fantôme supposée bien connue elle est devenue absente, où est-elle sinon dans les souvenirs de ceux qui s'en rappellent, mais ne peuvent plus faire appel à elle comme savoir partagé avec leurs interlocuteurs ?
Sur cette pente abrupte il faut avancer dans le sens de la piste avec détermination et prudence.
Contrer, contredire, réaffirmer, rappeler... Tout motif à rebours est inopérant. Il faut aller plus avant. Plus loin, dans le fake.
Comprendre le fake en rapport avec les vérité est une erreur de perspective. C'est lire l'intention des fakeurs parodieurs : c'est pour faire valoir la vérité, et la tenant dans l'ombre, comme clin d'œil, qu'ils disent des mensonges.
Mais ce qu'ils font, ce n'est pas dire des mensonges, c'est énoncer des fantaisies, des fantasmes, des traits d'humour. La façon de les produire repose sur une tension avec ce qui est pour eux une vérité, ou plutôt une réalité, à la fois implicite, supposée connue et partagée, et dévoilée ou mise en relief par ce qu'ils énoncent.
Quand les pouvoirs s'approprient le fake, c'est le même type d'énonciation. Et celle-ci repose également sur une réalité : celle qu'ils veulent faire accroire pour dévoiler ou mettre en relief ce qui par leur énonciation doit apparaître comme une vérité, un à-propos, à savoir leur vision politique, leurs propositions législatives, les peurs qu'ils veulent susciter...​
Il s'agit dans tous les cas d'une dialectique entre le réel et le virtuel, d'un recours à la fantaisie pour emporter l'adhésion par l'évidence, la force de vérité, la puissance de l'image. Celui qui les écoute est interloqué, arrêté par l'image, et ne peut répondre, ou plutôt ne peut que réagir, et ce par une émotion qui n'en est pas une : le ricanement ou l'indignation pour le fake des parodieurs, la consternation ou le ressentiment pour le fake des gens de pouvoir, suivant s'il est d'accord ou pas avec la réalité ou la vérité à laquelle le locuteur fait référence.
Alors, comment riposter à ce fake des gens de pouvoir ?
Par le fake. Ils nous obligent à quitter nos positions critiques et ironiques, pour nous questionner sur nos fantaisies, nos vérités, nos réalités. Elles ne vont pas de soi. Elles ne sont pas nécessairement partagées. En ce sens notre monde est un des mondes possibles et existants, mais pas le seul, et il peut disparaître si nous ne l'affirmons pas. Nous devons les énoncer, et dans le fake cela signifie avec légèreté et amusement, sûrs de notre bon droit mais challengers. L'histoire n'est pas finie, nous pouvons désirer.

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